JAZZ, GANGSTERS ET PROHIBITION

JAZZ, GANGSTERS ET PROHIBITION

JAZZ, GANGSTERS ET PROHIBITION

Pourquoi les Gangsters s’intéressent au jazz ?

« JAZZ, GANGSTERS ET PROHIBITION »

Les gangsters sont attirés par cette musique mais il serait naïf de penser que l’attrait des mobsters pour le jazz découle simplement d’une passion pour cette musique.

 

JAZZ, GANGSTERS ET PROHIBITION

En effet les gangsters recherchent avant tout le bénéfice et le prestige. Malgré tout, nombreux sont les témoignages de mobsters qui avouent ressentir un véritable amour pour cette musique. Al Capone en fait partie : « Depuis que Capone contrôlait aussi les nightclubs et les speakeasies, le rôle de la pègre dans l’emploi de musiciens devint particulièrement significatif »[1]

“Les conditions commerciales les plus frappantes avec lesquelles les musiciens de jazz travaillaient étaient fournies par les plus célèbres gangsters de l’ère de la Prohibition, qui se montrèrent comme des employeurs généreux mais difficiles pendant les premières années de la musique, les années fragiles.”[2] En finançant lesspeakeasies, les nightclubs, les maisons closes, la pègre devient un supporter des musiciens, mais les gangsters exigent un grand prix pour leur patronage.

Après 1918, la plupart des cabarets et nightclubs des grandes villes de l’Est appartiennent aux Siciliens ou aux Juifs. On estime qu’environ 3 cabarets sur 4 sont dirigés par des mobsters juifs et siciliens.

Ils sont très nombreux à investir dans les cabarets mais tous ne réussissent pas et les échecs sont nombreux. Ces affaires sont très difficiles à gérer car il faut dépenser des sommes folles pour acheter de l’alcool auxbootleggers et payer les pots-de-vin aux policiers pour acheter leur silence. Ceux qui s’enrichissent vraiment restent minoritaires.

Dans les années 1920s, les gangsters ont pendant un temps la main mise sur la politique et particulièrement sur le maire de Chicago William Hale Thompson. Il est le candidat Républicain à la mairie de Chicago en 1915 et s’investit pour le vote de noirs. Il supporte également les entrepreneurs et politiciens noirs du South Side. Il crée une coalition politique avec des minorités : Irlandais, Allemands, Italiens et Africains-Américains qui comprend la plupart des propriétaires (noirs et blancs) de night clubs du South Side. Ainsi Thompson protège les établissements où vit le jazz. Il est cependant partagé entre les réformateurs qui prônent  une répression totale des cabarets et le support politique que constitue son alliance avec les grands propriétaires d’établissements. Il trouve une solution et organise des raids de la police dans les établissements où le non respect de la loi est le plus flagrant. Cependant les interventions de la police s’avèrent peu efficaces puisque les 134 agents fédéraux de la Prohibition de Chicago doivent couvrir tout l’Illinois, l’Iowa et la partie Est du Wisconsin.

En 1923, le Démocrate et Prohibitionniste William Dever est donc élu maire de Chicago. Il profite de son pouvoir pour faire fermer de nombreux clubs, notamment le Dreamland Cafe (qui rouvre très rapidement sous la pression des amis influents du propriétaire). L’Entertainers Cafe est également fermé en 1924 pour un an et un jour. William Dever est resté célèbre pour sa « beer war »  contre les « soft drink palaces » qui vendent de la bière en secret. En novembre 1923, le maire démocrate fait retirer la licence à 1600 établissements et 4031 saloons. Beaucoup d’entre eux rouvrent grâce aux ambigüités que constitue le renforcement du Volstead Act. Il faut tout de même noter que 182 établissements ont obtenu leur licence pendant le mandat de Dever.

En 1927, William Hale Thompson (surnommé « Big Bill » Thompson) prend la place de William Dever à la tête de la mairie de Chicago. Contrairement à Dever, il encourage l’esprit d’entreprise des propriétaires d’établissements nocturnes et veut aider les musiciens noirs à casser la barrière raciale dans le South Side en essayant de leur trouver des engagements dans le Chicago blanc. Mais cette tâche s’annonce difficile car il doit faire face au Local 10 of the American Federation of Musicians qui est une agence de booking réservée aux musiciens blancs. Malgré tout, grâce à ses efforts, quelques leaders noirs arrivent à pénétrer dans le Chicago blanc en trouvant des engagements dans les grandes institutions du Chicago blanc.

 


[1] « Since Capone also controlled nightclubs and speakeasies, the underworld’s role in the employement of musicians would be especially significant. » Burton W. Peretti, The Creation of Jazz: Music, Race, and Culture in Urban  America, Chicago, University of  Illinois Press, 1992, p. 47

[2] « The most striking commercial conditions under which jazz musicians worked were provided by the much-heralded gangsters of Prohibition era, who proved to be generous but difficult employers during the music’s early, fragile years. » Burton W. Peretti, Op cit, p. 146*

JAZZ, GANGSTERS ET PROHIBITION : Ce qui fait le lien entre musiciens et gangsters

Une collaboration s’établit rapidement entre les Noirs qui sont au centre de la scène pour la musique et les Juifs et Siciliens qui s’occupent de la direction de la plupart des clubs. C’est un échange de bons procédés, les musiciens attirent la clientèle et la distrait, les gangsters les payent en échange et leur offrent une protection. Les gangsters apportent aux musiciens un soutien financier accompagné parfois d’amitié et d’encouragements. Ils aident les musiciens dans leur quête de célébrité. Cette collaboration entre lesmobsters et les musiciens noirs peut également s’expliquer par la proximité géographique de ces personnes qui vivent dans les mêmes quartiers ou dans des quartiers voisins. « Ces établissements étaient souvent liés aux réseaux de contrebande, comme celui d’Al Capone, en conséquence de nombreux artistes se sont retrouvés salariés des gangsters. Le Jazz a été immédiatement associé au vice des cabarets”[1]

Certains musiciens comme Bud Freeman, assurent n’avoir jamais été témoins de violence. Freeman emploi même le terme “gentlemen” pour se référer aux gangsters. On peut facilement s’imaginer que ces derniers craignent les représailles.

 


[1] « These establishments were often tied to bootlegging rings, like Al Capone’s, and as a consequence many performers found themselves on a gangster’s payroll. Jazz was immediately associated with the carnal pleasures of the cabarets.” Kathy J. Ogren, Op cit., p.5

JAZZ, GANGSTERS ET PROHIBITION : Avantages et inconvénients pour les musiciens de jazz

Les gangsters proposent leurs services aux musiciens : dons d’argent, aide à l’éducation des enfants, paiement des pensions alimentaires en cas de divorce, soutien à la famille en cas d’arrestation, aide médicale etc.… Cette protection apportée par les gangsters permet à de nombreux musiciens de conserver un emploi, un revenu et d’avoir un succès croissant.

Mais il y a aussi des mauvais côtés : bagarres entre clients  ou entre clans rivaux durant lesquelles les musiciens peuvent être touchés. Si ils ne respectent pas les règles ou pire si ne remboursent pas des sommes prêtées, ils risquent gros. C’est un monde de violence.

Pour s’assurer les bonne grâces des mobsters, les musiciens devaient respecter certaines règles de base : se taire devant les policiers et les inconnus, ne pas être avare, ne pas abuser de l’alcool ni du jeu, bien se présenter et être ponctuel lors des concerts.

Ces employeurs refusent de négocier les contrats et refusent aux musiciens de partir même quand les contrats sont expirés. En 1916 par exemple, l’Original Dixieland Jazz Band décide de quitter le Schiller’s Café: «  Nous avons été chanceux de partir tous ensemble » dit Eddie Edwards « parce que quand vous partez un café comme ça, ils n’aiment pas ça et peuvent vous réserver le même traitement que Joe E. Lewis. »[1] en référence à un comédien connu de l’époque qui avait été battu de la main des gangsters.

Les gangsters n’hésitent pas à harceler, estropier et parfois kidnapper des musiciens qui désobéissent ou qui sont des cibles symbolique comme employés de rivaux. Ellington a été menacé à Chicago pour de l’argent, il a été obligé d’utiliser ses propres contacts pour assurer sa protection. Le clarinettiste Joe Darenbourg joue à Harrisburg Illinois au milieu des années 1920s. En colère contre leur employeur, le gang local attaque Darenbourg et ses musiciens : “Ils m’ont frappé avec leur pistolet et m’ont blessé au crâne avec une balle, m’ont tiré dans le bras et la jambe et m’ont laissé pour mort”[2]

Le Chicagoan Jimmy Mc Partland a été témoin de ces violences: « Après l’élection de Dever McPartland joue dans une boite de nuit tenue par Eddie Tancil. Des hommes de Capone arrivent, commencent à renverser les tables et casser des bouteilles sur la tête des barmen. Ils disent aux musiciens de continuer à jouer. L’orchestre joue comme un fou pendant que le carnage continue. Tancil, un ancien boxeur attaque les hommes de Capone et s’en sort bien jusqu’à ce qu’ils sortent les matraques. Les voyous cassent des bouteilles, griffent les visages et donnent des coups de pieds dans les corps. Les serveurs et barmen sont couchés au sol. Quelques nuits après, ça recommence, « encore pire », McPartland dit: C’était la fin. Tancil s’était débarrassé de la bande et deux jours après nous avons découvert qu’il avait été tué par balle. » »[3]

Ces violences quotidiennes provoquent une certaine paranoïa chez beaucoup de musiciens.  Le musicien Garvin Bushell témoigne: « Vous pouviez vous assoir chez vous chaque nuit à Chicago et entendre une énorme explosion en bas du bloc – un couturier qui n’avait pas payé pour sa protection ou une épicerie… »[4]

 


[1] « We were lucky we were all together when we left » [,,,] « Because , when you leave a cafe like that, they don’t like it. And they are liable to give you the Joe [E.] Lewis treatment.” Burton W. Peretti, Op cit., p. 146

[2]  « they pistol-whipped me and creased my skull whit a bullet, shot me in the arm and leg and left me for dead. » Burton W. Peretti, Op cit., p. 147

[3] « After Dever ‘s election McPartland is playing in a joint owned by Eddie Tancil. Newcomers from Capone’s mob come in, start overturning tables and smashing bottles on bartender’s head. They tell the band to keep playing _or else. The band blows like crazy while the carnage continues. Tancil, an ex-boxer, goes at it with Capone’s boys and does okay until they pull the blackjacks out. The thugs break bottles, jabbing the broken ends into faces and kicking bodies. Waiters and bartenders are lying on the floor. A few nights later it happens again, « much worse », McPartland says: « That was the finish. Tancil got rid of the band, and two days later we found out he had been shot dead . » » Robert Wolf, Op cit, p.48

[4]  « You could sit in your house any night in Chicago and hear a huge explosion down the block – some tailor shop that didn’t pay off for protection or a grocery store… » Burton W. Peretti, Op cit., p. 147

Cet article est un extrait de mon mémoire consultable sur demande à la bibliothèque du Centre de Recherche en Histoire Nord américaine – Université Paris 1 Sorbonne

Article écrit par Antoine Bénis.

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2 comments… add one
  • Costa Anthony 9 Déc, 2017, 11:48

    Un article très intéressant et bien fourni. Un bon travail

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